Yixuan Shen

Titulaire d’un DNA option art avec les félicitations du jury, obtenu en 2023 à l’Ensad Limoges

Titulaire d’un DNSEP option art mention céramique, obtenu en 2026 à l’Ensad Limoges

Qu’est-ce qu’on fait de nos souvenirs et de la chair disparue, des maisons désertées et des paysages qui s’effacent ? Qu’est-ce qu’on retient à la lisière de l’invisible et dans l’interstice du sensible ?

Yixuan Shen explore la porosité de la frontière entre la vie et la mort, conçues non comme une rupture définitive, mais comme un cycle de métamorphoses matérielles et énergétiques. Elle donne corps à ce qu’on laisse derrière soi, ce qu’on enterre, et à celleux dont les âmes continuent de vibrer. Elle déconstruit les limites géographiques intimes pour raconter, à l’aide de porcelaine translucide, de fil de fer rigide et de soie brute issue de ses souvenirs d’enfance, de nouvelles narrations — tantôt oniriques, tantôt crues — sur le prolongement et la subsistance des défunts.

Adepte des temporalités suspendues, le travail de Yixuan interroge la tension entre le « paysage » occidental et le Feng-Jing (风景) oriental, ce dernier étant indissociable du vent et du souffle vital. À travers ses structures métalliques qui miment le passage d’une brise invisible, les quatre saisons coexistent simultanément au sein d’un même espace, défiant la linéarité du temps pour faire dialoguer la finitude des vivants et l’éternité des morts. Ses installations y introduisent également une dimension anthropologique : par le biais d’un film documentaire, elle capture le dialogue avec une femme médium locale, dévoilant l’ordre social et l’architecture de l’au-delà, faisant ainsi de la mort le miroir inversé de notre propre société.

Vestiges de rituels funéraires ou débris d’un temps retrouvé, les architectures miniatures en céramique qu’elle façonne prennent la forme de demeures éternelles, de tombeaux vides habités par la lumière. La frontière transformée par l’esprit, à travers sa multitude de reflets aqueux au sol, ouvre la porte à la création d’hétérotopies et de paysages cosmologiques. En établissant une équivalence symbolique entre les volutes de fumée d’encens et la cheminée du foyer domestique, elle rappelle que nourrir les morts, c’est encore célébrer la vie. Elle nous invite à regarder de plus près ces mémoires en fusion, du jardin familial au souterrain des âmes, là où le deuil se métamorphose en un asile poétique.

Photo : Yixuan Shen, DNSEP option art 2026
Yixuan Shen, DNSEP option art 2026
Photo : Yixuan Shen, DNSEP option art 2026
Photo : Yixuan Shen, DNSEP option art 2026
Yixuan Shen, DNSEP option art 2026
Photo : Yixuan Shen, DNSEP option art 2026
Photo : Yixuan Shen, DNSEP option art 2026